Le Chili dans les gravats, Barroso les pieds dans le plat

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A l'heure où j'écris ces lignes, le Chili compte plus de 700 morts dans le tremblement de terre... Hélas, ma peine ne sert pas à grand chose et The Show Must Go On, c'est plus facile à dire qu'à faire. Je pense bien fort à vous, et si d'ici, je pouvais empoigner une pelle et commencer à déblayer, je le ferais aussitôt.

Alors que Ban-Ki Moon, Obama, Zapatero et pleins d'autres déclaraient être prêts à apporter leur aide si et quand (voire comment) les chiliens le souhaitent, Barroso lançait: "Je suis profondément choqué par l'étendue du désastre suite au tremblement de terre au Chili... La Commission européenne se tient prête à prendre à tout moment une décision humanitaire de première urgence de 3 millions d'euros pour répondre aux besoins les plus immédiats."

Certes, il dit bien "de première urgence." Mais 3 millions d'euros...?! Je parie que sa résidence principale vaut plus que ça à elle toute seule. C'est bien gentil, mais c'est salement maladroit, et cette annonce en a vexé plus d'un.

Le gouvernement chilien évalue la nature et l'ampleur des dégâts, et a refusé toute aide internationale tant que ses besoins ne seront pas définis.

Le Chili a élu un nouveau président de la république.

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pinera2.jpgMoi, je suis en Europe, et j’aurais donné cher pour être sur place et vivre ça en vrai.

L’élection a été peu commentée par la presse internationale, car le terrible tremblement de terre haïtien faisait les gros titres au même moment. Mais c’est une énorme nouvelle. Alors que les médias européens adoraient théoriser sur « la vague gauchiste » emportant l’Amérique Latine, le Chili prend un gros virage.

Piñera est un homme d’affaires milliardaire de droite. On le compare souvent à Berlusconi, rapport à son bronzage permanent, son sourire lifté et ses gros business. Par exemple, il possède une bonne partie de LAN Chile (la compagnie aérienne principale du pays), ainsi que la chaîne de télé Chilevision et le club de foot de Colo-Colo. Comme dit ma copine Molly, Piñera est la "quintessence du nouveau Chilien". L’épitome de la "modernité" et de la "réussite" - ou de ce que de nombreux chiliens, charmés par tant de charisme, de fortune et de "succès", considèrent comme tel.

Piñera m’inspire antipathie et méfiance. Mais bon. Il a été élu de façon juste, transparente et calme – rien à dire, bravo. 51.6% des votants le veulent à la tête du pays, et le candidat d’en face (l’ancien président chrétien-démocrate Eduardo Frei), c’était un peu une blague usée. Dommage pour la gauche ; les chiliens sont fans de Michelle Bachelet, qui termine son mandat en mars. Si la constitution lui avait permis de se présenter à nouveau, elle aurait probablement été réélue.

Marina, mon esthéticienne chilienne chérie, aimait parler de politique en pleine épilation. Elle me demandait souvent de lui raconter "comment ça marchait en Europe". Marina avait prédit que la gauche ferait un score médiocre au premier tour, la faute à 20 années lassantes au pouvoir. Mais elle était convaincue que ses compatriotes n’éliraient pas Piñera au second tour. Pas un bonhomme allié à un parti ami-ami de la dictature de Pinochet. "La gauche n’est peut-être pas parfaite, mais on croit en la démocratie. On a été marqué par la peur, la torture et la mort," m’expliquait-elle.

Marina avait tort. C’étaient les premières élections présidentielles depuis la mort de Pinochet en 2006 ; c’est sans doute plus acceptable de se revendiquer de droite maintenant que le fantôme du dictateur ne rôde plus. Malgré ses 20 ans de gouvernement de centre-gauche, j’ai toujours senti que la société chilienne avait le cœur bien à droite. Ben voilà.

Image: Sebastián Piñera par Diego Sepúlveda

Qui a décidé que le Nord était en haut?

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rio2016

L'autre jour, je me promenais à Rio de Janeiro (oui!). Le Comité Olympique International avait annoncé que la Cidade Maravilhosa organiserait les jeux d'été en 2016 - les premiers en Amérique du Sud. Les cariocas étaient bien contents, et on les comprend.

Santiago du Chili serait une bonne candidate pour accueillir les jeux d'hiver, je raisonnais. De belles stations de ski sur la Cordillère des Andes, infrastructure, sécurité, institutions fiables, quoi d'autre? Les patinoires, les pistes de bobsleigh et les pestacles surdimensionnés, on peut s'en occuper plus tard. Il faut certes une vision et un projet aux reins solides - tout ça, Santiago peut faire, avec de la bonne volonté politique, une planification saine et une fine équipe.

Il manque juste un détail : l'hiver en février. Eh oui.

Les jeux d'été ont déjà eu lieu dans l'hémisphère sud, et pourraient être accueillis par n'importe quel pays avec un climat qui va bien douze mois sur douze. Mais les J.O. d'hiver - et leur tripotée d'opportunités de "développement" - restent cantonnés dans l'hémisphère riche.

Le Sud a l'habitude d'être "à l'envers", hein! A l'envers de quoi, je me demande encore. Qui a décidé où était le haut et où était le bas?

10 surprises de l'Île de Pâques.

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J'ignorais bien des choses avant d'avoir la chance de fouler l'île avec mes deux pieds. Comme je suis une chic fille, je partage mon savoir.

1. L'Île de Pâques, ou Rapa Nui, est la terre habitée la plus isolée de la planète, à environ 3700 km à l'Ouest de la côte chilienne, et fait partie de la Région de Valparaíso.

2. L'île est de plus en plus facile d'accès. LAN Chile vend des vols aller-retour depuis Santiago à partir 230 euros.

3. La nourriture coûte cher sur l'île. Ca paraît logique. En revanche, le carburant, les cigarettes et l'alcool coûtent à peine plus cher que sur le continent.

4. Les prix se sont envolés pour juillet 2010, en raison de l'éclipse de soleil qui sera visible depuis l'île le 11. Billets d'avion et chambres d'hôtels ont été pris d'assaut par des hordes de voyageurs, enchantés à l'idée de se promener à l'ombe de la lune au pied de grosses statues mystérieuses au beau milieu du Pacifique. J'avoue que si j'avais quelques milliers de dollars de trop dans ma tirelire, je ne rechignerais pas à m'offrir un petit voyage de ce genre. Ou j'opterais pour l'Archipel Tuomotu (Polynésie Française), qui sera aux premières loges également. Je souhaite aux petits chanceux 4 minutes 39 sans nuages!

5. Selon les experts, les moai (les fameuses statues) ont été érigés au XVIe siècle. Pendant ce temps, en Europe, on était branché peinture italienne, machines volantes et gros châteaux. C'est assez fascinant de songer à quels points nos cultures étaient distinctes alors, et comme elles se sont rapprochées ensuite.

6. La langue Rapa Nui est à peu près la même que celle parlée à Hawaii et Tahiti. "Les chiliens ont pris Rapa Nui, les américains ont pris Hawaii, et les français Tahiti. Mais nous sommes un seul et même peuple," m'a expliqué José (titulaire d'un passeport chilien, mais pas chilien pour autant, que ce soit bien clair) après une baignade sur la plage d'Anakena. Parmi mon vocabulaire Rapa Nui fort étendu, je peux vous apprendre trois mots très utiles : Iorana (salut), Monire (lundi) et Ahu (plateforme de pierre).

7. Les non-Rapa Nui ne peuvent pas être propriétaires de terrain sur l'île, qu'ils soient des hippies chiliens ou des promoteurs immobiliers moscovites.

8. C'est un peu compliqué pour un Rapa Nui de se marier avec un(e) autre Rapa Nui parmi les quelque 4000 habitants de l'île : la loi interdit de se marier entre cousins dès le 3e degré.

9. Kevin Costner a produit un long-métrage sur l'île en1993. Aux dires de Patricio et José, qui gardent un bon souvenir du tournage, il s'agit d'une "romance Hollywoodienne de base," vaguement fidèle à l'histoire et la culture Rapa Nui. Apparemment, le film n'a guère eu d'impact sur le tourisme de l'île.

10. Les musiciens Rapa Nui jouent du ukulele plat à 8 cordes. Il ressemble à une guitare électrique, mais vachement plus cool et plus chou. L'artiste Tai et son papa sont les seuls à fabriquer ces instruments sur l'île, et si je suis sage, ils m'en feront un aussi. Hihi.

Toujours vivante.

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Ami lecteur, tu as peut-être remarqué que ma cadence de publication est au plus bas ces temps-ci. C'est parce que j'ai été emplie de belles émotions : parfois, j'ai le coeur qui déborde et mon observateur du dedans, trop occupé à m'explorer le sentiment, ne trouve rien de bien profond à dire sur le monde du dehors.

Santiago pleut. Le Chili regarde le foot et retient sa respiration en attendant que La Roja décroche son ticket pour la Coupe du Monde 2010. Les rues prennent les couleurs bleu-blanc-rouge du drapeau chilien - la fièvre patriotique de la fête nationale monte lentement. La campagne présidentielle bat son plein.

Pour me faire pardonner l'irrégularité de mes billets, voici un échantillon de la musique chilienne qui a tourné en repeat sur mon iPod au fil des mois. Pas forcément incontournables ni représentatives, juste des chansons que j'aime.

D'abord une bonne cumbia. Si vous passez par l'Espagne, venez transpirer de joie dans un concert de Chico Trujillo, qui y fera quelques dates en Novembre. Ensuite, mon titre chouchou du Colectivo Etéreo, un groupe de hip-hop réjouissant - et la vidéo vaut le détour. Puis une chanson un poil kitsch, funky et dansante de la Diam's chilienne. (Jetez un oeil au myspace de Miss Tijoux, qui chante en Europe ce mois-ci - Barcelone, Paris, Lausanne.) Et pour clôre la sélection en beauté, la phénoménale Camila Moreno, qui m'arrache des larmes.


Chico Trujillo - Loca



Colectivo Etéreo - Avanzando



Anita Tijoux - Despabílate



Camila Moreno - Antes que

Un cri d'amour au mur.

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Saisi dans une ruelle de La Serena il y a quelques jours. C'est chou, hein?

Comment faire sa B.A. à la caisse du super.

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charity_bill Dans les supermarchés chiliens, la caissière (oui, c'est généralement une femme) propose toujours à son client de faire un don à une oeuvre de charité. Par exemple, si elle me doit 817 pesos de monnaie, je peux faire don de 7 pesos et récupérer les 810 restants. Comme la grande majorité des clients, je dis oui. Tout le monde est content : d'une, ça me permet d'éviter d'accumuler de la toute petite monnaie dans mes poches ; de deux, ça booste l'image solidaire du super ; et puis en bout de chaîne, j'espère qu'un enfant affamé mangera une soupe chaude financée par ma générosité hebdomadaire.

L'opération est loin d'être transparente ; on affirme que les chaînes de supermarchés bénéficient de généreuses déductions d'impôts grâce aux dons de LEURS CLIENTS, et empochent de jolis intérêts entre le moment où on leur donne les 7 pesos, et la fin du mois quand ils signent le chèque à ladite bonne oeuvre. Pour ma part, je ne connais rien au système fiscal chilien, mais je vois bien avec mes yeux ignorants que nous autres, les gentils donateurs, ne recevons guère d'information quant au devenir de notre petite monnaie.

Aussi, je ne suis pas franchement ravie de faire don à une organisation catholique. Evidemment, le site web du Hogar de Cristo m'assure que mes pesos sont "entre de bonnes mains", mais je préférerais les offrir à de bonnes mains laïques. Seulement, j'avoue, je suis bien trop paresseuse pour ça. C'est d'ailleurs là toute la force de ce système de "solidarité" passive : à chaque passage en caisse, il fait de flemmards comme moi des citoyens généreux. Je suis surprise que le mécanisme n'ait pas trouvé preneur dans d'autres pays ou le charity business est solidement implanté, comme le Royaume-Uni.

Au final, les oeuvres de charité chiliennes sont largement respectées et représentent un complément nécessaire à un système de sécurité sociale insuffisant et bancal. Donc, peu de voix s'élèvent pour remettre en cause les détails de cette juteuse opération. Moi, j'ai beau râler un coup ici, je continuerai à donner mes 7 pesos... Je me demande juste comment se débrouillent les autres ONGs, celles qui ne croulent pas sous les gros sous des chaînes de supermarché. Je leur souhaite longue vie et plein de courage.

Parfois, j'hésite entre gratitude et fureur.

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taxiLa nuit, la majorité des chauffeurs de taxi de Santiago patiente devant la porte de ma maison pour vérifier que je suis bien rentrée chez moi avant de continuer son chemin. Je pensais que c'était une logique commerciale : si j'ai oublié mes clés, qui est là pour m'emmener les récupérer? Le taxi malin, hin hin! Cependant, mes copines pensent que ces messieurs s'assurent ainsi simplement que je rentre saine et sauve. C'est chou de leur part. Mais généralement superflu, et un poil condescendant et macho - dans l'ensemble, je maîtrise la technique de l'ouverture de serrure, merci bien.

Les chauffeurs de taxi sont-ils aussi prévenants avec les garçons? Font-ils pareil à Paris ou à Athènes?

Qui peut me donner le nom d'un(e) chilien(ne) connu(e) et vivant(e)?

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J'entends, connu(e) hors de ses frontières - et à part notre bien-aimée Michelle?

OK, il y a Fernando Gonzalez, qui s'est incliné contre Ferrero au 3e tour de Wimbledon, mais est arrivé en demi-finale de Garros et maintient sa10e place au classement ATP. Go Fernando.

Toujours dans le tennis, n'oublions pas Marcelo Rios; mais comme il a tiré sa révérence il y a plusieurs années, il ne compte pas vraiment.

La nouvelle fierté nationale (dans certains cercles au moins) est affublé d'un mystérieux patronyme et fait des études d'ingénieur. Robinson Tajmuch a décroché la 2e place du concours Mr Universe Model 2009 (photos topless et interview ici). Après avoir subi une épilation axillaire et s'être courageusement exprimé sur la pauvreté ("il faut aider les nécessiteux"), il est rentré chez lui avec une maigre moisson: son titre sur une écharpe et un trophée de cristal.
Perle de sagesse du jeune homme: "Dans ces concours, il ne faut pas répondre ce qu'on pense, mais ce que le jury veut entendre."
Il ira loin.

Qui d'autre?

Photo by Sebastián Utreras, Paula.cl.

Le Multilinguisme est un Fieffé Salaud.


Silvio Rodriguez - Ojalá

L'autre jour, un guitariste a embelli mon trajet de bus en interprétant cette belle chanson cubaine. Tous les passagers chiliens connaissaient les paroles et accompagnaient le chanteur en playback. C'était si touchant et simple que j'en ai eu les larmes aux yeux.

Plus de 6000 km séparent La Havane de Santiago du Chili, mais cette canción rayonne encore sur tout le continent hispanophone, 40 ans après sa composition.

Y a-t-il une chanson intemporelle que tous les passagers d'un bus européen pourraient reprendre en coeur, d'Oslo à Sofia? Je dis bien la CHANTER, la partager et la comprendre, pas juste la fredonner.

Bien sûr, je suis de tout mon coeur pour préserver la richesse et la diversité de nos belles langues et cultures, et tout et tout. Le concours de l'Eurovision a d'ailleurs perdu environ 37% de son attrait lorsque le changement de règlement a permis à la plupart des candidats de chanter en anglais. Certes, les mélodies ignorent les frontières et peuvent émouvoir n'importe quel coeur, mais l'hymne européen restera sans grande portée s'il ne dépasse pas le stade du La La La.

Je suis d'autant plus fière des progrès tangibles de l'integration européenne malgré cet obstacle polyglotte.

L'hiver, c'est nul, mais...

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C'est (presque) l'hiver dans mon hémisphère, mais il faut savoir lutter contre le désespoir météorologique.

1. Il fait froid dans ma maison. L'avantage : quand il n'y a plus de place dans le frigo, je peux laisser les yahourts sur la paillasse de la cuisine, ils se conservent pareil.

2. Je peux enfin ressortir mes jolies bottes.

3. Ca sent moins la sueur dans le métro et le bus.

4. Il fait froid dans les restaurants et les bars aussi. L'avantage : hop hop, je perds pas de temps à enlever et remettre ma parka.

5. Je mange de la soupe au potiron et bois des chocolats chauds crémeux.

6. Je porte mes collants léopard adorés.

7. Du coup, je dépense moins de pesos en épilation demi-jambes.

8. Les stations de ski m'ouvrent leur pistes à 2h à peine de la capitale.

9. Quand il pleut et /ou qu'il gèle, des vendeurs ambulants me proposent aussitôt parapluies, sous-pulls acryliques et chaussettes extra-moelleuses dans les rues de Santiago. C'est pratique.

10. L'hiver, ça dure pas toute la vie.

Etre une Fille au MachoBureau.

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La business woman des 90s dans toute sa gloire ridicule

Mon lieu de travail grouille de mâles. Etre une fille avec deux seins au bon endroit et un généreux sourire m'y permet sans doute d'atteindre mes objectifs plus vite. Ca ne me pose en général pas de problème, et n'est efficace et viable à long terme que parce que je prends mon job au sérieux et atteins mes objectifs à la base.

Hier, j'ai été abattue par un sondage commenté par l'hebdo chilien Qué Pasa. Le sondage nous apprend (ou confirme) que les chilienNEs sont de fieffées machistes. Les femmes accèdent donc peu au marché du travail, non seulement parce que les hommes et la société chilienne en général leur mettent des bâtons dans les roues, mais aussi parce que les femmes elles-mêmes considèrent qu'elles ne peuvent et ne DOIVENT pas s'accomplir au travail.

Bilan : Papa ET Maman inculquent à leurs marmots que la femme doit rester à la maison pour faire la popote et parfaire son épilation, et le cercle vicieux est vicié. (Pire encore, les femmes ayant fait les plus longues études parmi celles interrogées sont les plus conservatrices ; la seule lueur d'espoir, c'est que les plus jeunes sondées sont plus ouvertes d'esprit.)

Est-ce que je m'enterre dans un rôle social artificiel et obsolète en portant des jupes au bureau (ou en choisissant la couleur rose pour le design de mon blog)?
Ma carrière évoluerait-elle différemment si j'étais plus austère?
L'affection a-t-elle sa place dans les relations professionnelles?
Mon comportement peut-il me nuire, voire nuire à la gent féminine dans son ensemble?

Pendant que je réfléchis à ces questions, je vous invite à faire un tour sur ces blogs chiliens, joyeusement girlie et (j'espère) inoffensifs.
Zancada, "tout ce dont tu parles avec tes copines."
Viste La Calle pour une dose de street fashion chilienne.

Sitcom Pharmaceutique.

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ACTE 1, SCENE 1

Une pharmacie chilienne de la chaîne nationale X, ornée de grands panneaux promotionnels ('30% sur les antiviraux pendant le mois de juin uniquement!'). Plusieurs clients patientent et parcourent les rayons, débordant de produits cosmétiques de grande distribution. Cinq caisses côte à côte au fond du magasin.
Entre Piola, elle prend un ticket numéroté près de la rangée de caisses, soupire en voyant que l'attente s'annonce longue, et examine le rayon démaquillants pour passer le temps.

Assistant de pharmacie A: ...83?

Une femme s'approche de la caisse A pour régler un paquet de couches, un esquimau au chocolat et un paquet de coton.

Assistante de pharmacie D: 84? ... 85? 86?
Un vieux monsieur s'approche de la caisse D avec une ordonnance longue comme le bras.

Assistante de pharmacie B: 87? 88?
Piola s'approche de la caisse B.

Piola: Bonjour! Pourriez-vous me donner le prix de la pilule Lambda?

Assistante de pharmacie B, tapotant sur son ordinateur: 10.450 pesos.

Piola: Et pour deux plaquettes?

Assistante de pharmacie B: 13.800 pesos.

Piola: Parfait, deux plaquettes s'il-vous-plaît!

Assistante de pharmacie B: Souhaitez-vous un bain de bouche en promotion pour seulement 1.490 pesos?

Piola: Non merci.

Assistante de pharmacie B: Nous avons également une promotion, 990 pesos les 3 plaquettes de paracétamol!

Piola: Non merci.

Assistante de pharmacie B: Souhaitez-vous une crème hydratante pour le corps pour seulement 1.290 pesos?

Piola: Non.

Assistante de pharmacie B: Ca vous fera donc 13.800 pesos. Vous avez la carte de fidélité de notre chaîne de pharmacie?

Piola: NON.

Assistante de pharmacie B: Souhaitez-vous obtenir la carte de fidélité de la pharmacie X?

Piola: Non.

Assistante de pharmacie B encaisse le paiement et emballe les médicaments dans un sac plastique.

Piola: Merci, je n'ai pas besoin de sac.

Assistante de pharmacie B: Hein?

Piola: Je préfère ne pas avoir de sac plastique.

Assistante de pharmacie B, incrédule: Mais...?

Piola: Ce serait gâché.

Assistante de pharmacie B, avec un regard implorant qui semble dire: "Mais c'est gratuit!": Vous êtes sûre?

Piola: Oui, je vais juste le mettre dans mon sac à main.

Assistante de pharmacie B, entre mépris et compassion: Ah.

Réchauffement du Bout de la Planète.

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Merci à James Painter pour son article sur les conséquences du changement climatique sur l'agriculture et l'économie chiliennes - en anglais, hein! (L'article a échoué dans la section Europe du site de la BBC, va comprendre.)

  • Pas chouette: "Les vins chiliens, réputés dans le monde entier, pourraient souffrir tout particulièrement des changements de climat attendus."

A tel point que les entreprises vinicoles achètent déjà du terrain plus au sud... Je retrousse mes manches et je débranche le chargeur de mon iBook de suite.

  • Je m'en doutais: "Le Chili n'engendre qu'une petite partie des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Mais en termes d'émissions per capita, le pays est l'un des pires d'Amérique Latine."

Pas évident d'être un peu écolo ici - et pas branché non plus. L'idée chilienne du progrès et de la "modernité" semble tendre vers des buildings plus hauts, des voitures plus grosses, et plus de conso jetable. Le dimanche, la famille moyenne prend sa voiture pour se distraire au centre commercial climatisé, rapporte des tas de sacs plastique inutiles, et ne recycle jamais ses déchets.

  • Je le savais: les chiliens s'inquiètent pour leurs centrales hydroélectriques.

J'ai remarqué ça l'an passé pendant mes vacances à Chiloé, habituellement l'un des coins les plus pluvieux du Chili, alors frappé par la sécheresse. Alors que les agriculteurs du Sud dépérissaient et que toute la région subissait des coupures d'électricité régulières, les Santiaguinos continuaient à arroser leur carré de pelouse avec zèle.

  • Mais alors ça...: "Les critiques notent que le Chili s'est engagé à construire des centrales à charbon (...) le charbon représentera 25% de l'électricité du pays d'ici 2020, et les émissions se multiplieront par 4, passant de 70 millions de tonnes annuels aujourd'hui à 300 millions en 2030."

Charbon...? J'ai bien lu CHARBON?! Quelqu'un peut m'expliquer?

Image: Explora-CONICYT, 2008.

Michelle Bachelet Superstar !

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Après les Pays-Bas, Michelle Bachelet (prononcer "Mitchell Batchélette") est en France pour quelques jours de visite officielle, suivis d'un pélerinage à Chassagne-Montrachet, sur les terres de son aïeul français.

J'admirais certes la Présidente chilienne pour son engagement sincère sur des dossiers ardus (notamment concernant la distribution de la pilule du lendemain). Mais malgré son CV irréprochable et son mandat honorable, je ne croyais pas vraiment à son personnage - pédiatre battante, mère célibataire au grand coeur, sensible et courageuse, aimée de tous, nianiania.

Et puis j'ai vu Michelle en vrai, et j'ai succombé à son charisme souriant. Michelle parle avec force et passion, et on la croit: les enfants scandent: "Presidenta, Presidenta" en se bousculant pour la prendre en photo, et les adultes lui accordent 67% d'opinions favorables.

En bonne groupie, je suis donc avec délectation les aventures européennes de Michelle: Michelle au théâtre, puis Michelle avec Bernard Kouchner, et bientôt: Michelle chez EADS et Michelle dans les vignobles bourguignons!

Photos authentiques vraies de vraies, prises par Tania Paparazza (l'Autre) à Santiago le 7 mai 2009.

Le Mal d'Europe.

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sababa.jpgLes Chiliens s'inquiètent régulièrement de savoir si la France me manque. La France non, c'est l'Europe qui me manque, ses grandes idées et ses petits détails:

  • Ses gens. Vous. Mes neveux et ma nièce qui ne peuvent pas me lire.
  • Ses lieux. La South Bank londonienne. La Mer Méditerranée. Le MuseumsQuartier de Vienne. La Grand-Place à Bruxelles. Copenhague. La Grèce. Les ruelles de Lisbonne. La Seine.
  • Sa bouffe. Son bon pain, croustillant, moelleux, surtout germanique. Ses légumes bio. Son tagine marocain. Ses savoureux nems. Son chicken butter de Brick Lane. Les falafels de Sababa in der Roternturmstrasse.
  • Ses trains. Tous. ICEs. TGVs. Thalys. Eurostar. Les trains Corail aussi.
  • Ses passages de frontières insouciants.
  • Sa vision à long-terme et sa protection sociale (généralement) fonctionnelle. Une vraie éducation publique. Un système de santé universel. Des retraites dignes.
  • Sa culture profuse. Plus d'expos et de concerts que je ne puis en voir. Ses livres à prix décents.
  • Un vrai Noël d'hiver. Noël en tongs sous les palmiers, c'est pas Noël.

Image: extrait du menu d'une des meilleures adresses de Vienne, le mémorable Sababa.

La Belle et la Blême.

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Calama est glauque. La ville est réputée pour trois mots en P : Polvo, Perros y Putas (poussière, chiens et prostiputes). L'allitération n'est pas volée. D'autres l'ont surnommée Calama Jalama, la Ville du Sniff, car elle se trouve pile sur la route de la cocaïne bolivienne.

On pourrait s'attendre à ce que Calama, "Tierra de Sol y Cobre" (Terre de Soleil et de Cuivre), soit en pleine éclosion - non seulement grâce à sa position frontalière (près des frontières bolivienne et argentine, 1200 km au nord de Santiago) et au florissant business minier de la région, mais aussi grâce au boom touristique dans le désert d'Atacama alentour.

Que nenni.

Les routards ne connaissent guère que son aéroport, et apercoivent à peine Calama par la vitre du minibus qui les emmène directement à San Pedro de Atacama, le village de touristes voisin. Je suis prête à parier beaucoup de pesos que, même dans plusieurs années, les guides touristiques déponseront peu d'encre pour vanter les charmes de la ville.

Sur une note plus poétique, un gamin du cru m'a expliqué que Calama était la seule ville qui passait par les quatre saisons en un jour. Il voulait surtout dire que la ville bondissait d'après-midis caniculaires à des nuits glaciales. Mais il m'a aussi poussée à voir Calama d'un autre oeil, voire à apprécier son espèce d'étrange beauté blême.

Je m'en vais bientôt.

Le Secret de la Paix des Ménages ?

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dia_mama.pngAujourd'hui, c'est la fête des mères au Chili, comme dans de nombreux pays d'Europe.

Naturellement, plusieurs entreprises de grande distribution ont lancé des campagnes de pub invitant leurs clients à célébrer cette journée d'harmonie familiale à coups de cosmétiques, sacs à main et sèche-cheveux à prix cassés.

L'une de ces campagnes m'a fait tiquer. C'est une photo très chou d'un père et sa fille; le slogan: "Hoy Mamá eliges tú" (Aujourd'hui Maman, c'est toi qui choisis).

Sous-entendu : Aujourd'hui Mamounette, tu décides si on mange de la pizza ou des spaghetti, et demain Papa reprend les rènes du ménage ?

Shopping Hygiénique à Macholand.

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tamprain.jpgComme je suis une fille, j'ai tendance à avoir mes règles de temps en temps. En espagnol chilien, le phénomène s'appelle "enfermarse" - tomber malade, comme si la menstruation était une affection honteuse et douloureuse.

Aujourd'hui, je suis donc allée acheter des tampons hygiéniques pour soigner ma maladie cyclique. Après avoir comparé les prix dans plusieurs pharmacies et supermarchés, force me fut de constater que le prix moyen d'un tampon chilien tourne autour de 0,32 EUR, alors qu'une grande surface française me ferait débourser environ 0,20 EUR pour un exemplaire de la même marque. 30 centimes, ça n'a pas l'air si terrible pour un porte-monnaie européen, mais ça représente la moitié du prix d'un ticket de bus à Santiago. Beaucoup trop pour un produit si basique. (Sans compter le peu d'options disponibles dans les rayons - l'une de mes copines demande à sa mère de lui adresser des paquets de tampons par la poste depuis l'Allemagne, comme d'autres réclament leur marque de chocolat préférée.)

Les tampons ne sont pas des produits de luxe. Chaque femme devrait avoir accès à des produits efficaces pour son hygiène et son bien-être, à un prix raisonnable. Les femmes chiliennes ne l'ont pas. Les multinationales jouissent de marges plus généreuses sur leurs produits ici que sur les marchés de pays plus riches. Youpi.

De retour de mon shopping menstruel, un vieillard m'a grondée : "Que fais-tu ici toute seule à cette heure? Tu devrais être accompagnée." Il était 16 heures, il faisait grand soleil, et je marchais dans un quartier cossu et paisible.

Peut-être le vieil homme avait-il juste envie de tailler le bout de gras. Peut-être m'a-t-il prise pour une fillette de 7 ans. Néanmoins, quelque chose me dit qu'il ne se serait pas autant inquiété si j'avais arboré une paire de testicules. Trop abasourdie pour lui demander des précisions, je me suis contentée de sourire à l'absurdité de son commentaire, et de continuer mon chemin.

Oui, le Chili a élu une femme Présidente de la République, un signe fort et sain que ce pays considère une femme tout aussi apte qu'un homme à le diriger. Oui, dans l'ensemble, les hommes chiliens me traitent de façon respectueuse. Cependant, ce genre d'exemples subtils et polis de machisme ordinaire me fait froncer les sourcils régulièrement.

Un tampon moins cher pourrait m'être plus utile qu'une offre de protection infantilisante et "bien intentionnée".

Photo: "Tampon Rain", oeuvre d'art de Fanni Fazekas, copyright de l'artiste, Museum of Menstruation.

Bienvenue chez Piola.

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carte-amerique.jpg Ce blog réunit de petits racontars de l'autre bout du monde - depuis le Chili, cette drôle de bandelette de terre sur la côte pacifique. Je partagerai ici ce qui m'agace, me réjouit, m'attriste, me surprend, me fait réfléchir. Au passage, j'espère voir se dessiner une image fidèle - bien que partielle et partiale - de mon expérience sud-américaine. Un regard personnel et forcément européen sur la vie chilienne; une perspective un peu changée sur l'Europe, les Européens, et ce qui les (nous!) touche.

On verra bien. Quoi qu'il arrive, ce blog reste avant tout un espace de jeux - pour y lancer des mots, des images et des idées, pour croiser des réflexions, et me laisser surprendre par les résultats.

Merci d'entamer ce bout de chemin avec moi.

Image: Americae mappa generalis, August Gottlieb Boehme, 1746, BNF.